La réunion tenue jeudi dernier n’a pas pu faire infléchir les positions du Synes. 

 

Dans un décret rendu public le 8 avril dernier, le président de
la République Paul Biya, crée un Compte d’affectation spéciale «pour la modernisation de la recherche dans les universités d’Etat du Cameroun». Ledit Compte permet le financement «de la modernisation de la recherche universitaire, de l’encadrement et du renforcement des capacités des enseignants chercheurs, des prestations spécifiques des enseignants du supérieur», selon son article 4. Allocations allouées par le ministre des l’Enseignement supérieur (Minesup), «dans la limites des fonds disponibles». L’article 8 (1) du texte du placé sous la tutelle du Minesup prévoit que «le recouvrement des recettes et le paiement des dépenses du compte sont assumés par un agent comptable» nommé par le ministre en charge des finances. 

C’est un texte qui arrive comme une réponse au mot d’ordre de grève annoncé par le Syndicat des enseignants du supérieur (Synes), pour prendre effet ce jour. Et au lendemain de la publication, du décret du chef de l’Etat, Jacques Fame Ndongo a réuni les syndicats du secteur pour une concertation sur le sujet. Au sortir, alors que le Forec, le Sesup et d’autres mouvements syndicaux du supérieur adressaient une motion de soutien au chef de l’Etat pour cette «une avancée remarquable» dans l’amélioration des conditions de vie et de travail de l’enseignant camerounais, au Synes, on se dit déçu. 

Selon Maurice Dikontar, secrétaire à la communication du Synes, «tout ce que le texte du chef de l’Etat dit c’est la modernisation. Pour nous, il n’y a pas de la matière». Le porte parole du Synes trouve que «les taux des prestations ne figurent pas dans le décret», pourtant, poursuit-il, «au départ nous avons exigé une augmentation des salaires et le ministre nous a dit que ce n’était pas possible puisque le gouvernement venait d’augmenter les salaires des fonctionnaires, mais le texte ne spécifie pas exactement quelle prime vaut quoi, …». 

Intransigeance 

Alors, l’enseignant exige qu’«il faut qu’il y ait un taux clairement défini de la prestation, qu’on sache qu’un assistant par exemple aura tel ajout, ce qui donnera telle somme pour son salaire ; car, il y a des corps spécifiques pour des primes spécifiques» : primes de recherche, de primes de documentation,… De même, «qu’on nous dise quand le texte prend effet». Maurice Dikontar précise que «le premier trimestre devrait déjà être pris en compte». Car, «en novembre, ils nous ont dit que nous étions en fin d’exercice budgétaire ; maintenant, on est à un nouvel exercice». S’appuyant sur l’enveloppe de 4,5 milliards de Fcfa octroyée par l’Assemblée nationale à l’enseignement supérieur. Par ailleurs, le temps du week-end, Jacques Fame Ndongo et ses collègues du gouvernement devraient, chacun en ce qui le concerne, s’arranger à nommer les différentes personnalités prévus dans le décret du 8 avril, dans le cadre de sa mise en œuvre. 

A en croire Maurice Dikontar, «pendant toute la réunion de jeudi, personne n’a songé à parler de la grève ; mais nous avons remis notre mot d’ordre au ministre en personne. Donc il sait que nous entrons en grève dès lundi (ce jour)». C’est que, «si nous ne maintenons pas la pression, on risquera de prendre le temps, et finalement, se retrouver dans la situation de nos collègues du secondaire qui attendent depuis plus d’une décennie, l’application de leur statut particulier». Au Synes, on pense qu’il y a un manque de volonté manifeste de la part des pouvoirs publics. Pour preuve, souligne-t-il, «si le décret de mercredi n’a pris que trois jours pour être préparé, partir du ministère à la présidence et être signé, ils peuvent également préparer son texte d’application en autant de jours».

 

Jacques Fame Ndongo : Bouc émissaire 

Son passage au ministre de l’Enseignement supérieur n’aura jamais été un long fleuve tranquille. Depuis son arrivée à l’immeuble interministériel numéro 2, Jacques Fame Ndongo vit presque au rythme des mouvements d’humeur. Pas que l’homme soit si mauvais gestionnaire. C’est que l’homme arrive à la tête du Minesup au moment où les frustrations longtemps accumulées et étouffées atteignent leur maturité. Et que les Camerounais croient comprendre dans le mode de fonctionnement du régime, que c’est dans la contestation qu’on obtient les faveurs du prince. La publication mercredi dernier de… peut à tort ou à raison être interprétée comme une preuve de cette manie. Pour désamorcer la grève annoncée en signe de mécontentement par rapport à des promesses tenues mi-novembre dont on a plus parlé depuis lors. 

Alors que le patron de l’exécutif compte certainement retourner sur le terrain renouveler ses promesses, à la faveur de la suppression de la limitation des mandats présidentiels, les uns et les autres sont passés à la phase des revendications. Par opportunisme politique. Seul contre étudiants et enseignants, déterminés à obtenir satisfaction, Jacques Fame Ndongo reçoit donc  toutes les flèches. Comme dans la tumultueuse affaire de l’Ecole normale de Maroua où le Minesup s’est vu presque abandonné et humilié dans son obstination à rester républicain. Sacrifié sur l’autel d’un marché politique passé certainement à son insu, mais qu’il s’est vu contraint de faire respecter. Au prix de son honneur bafoué. Même si dans les milieux universitaires, l’homme de main de Paul Biya est souvent considéré comme un démagogue. Lui qui sait user des subtilités, contours et détours de la langue française pour obtenir le report de la recherche des solutions à chaque problème.

 

Extrait du décret N°2009/121 du 8 avril 2009

Créant et organisant un Compte d’affectation spéciale pour la modernisation de la recherche dans les universités d’Etat

Chapitre 1er : des ressources et des emplois du Compte d’affectation spéciale 

 

Art 1er : Il est créé au sein du ministère de l’Enseignement supérieur un compte d’affectation spéciale pour la modernisation de la recherche dans les universités d’Etat, dont l’organisation et le fonctionnement sont fixés par les dispositions du présent décret. 

Art 2 : Le ministre des finances délègue, par arrêté, ses pouvoirs d’ordonnance de comptes hors budget au ministre de l’Enseignement supérieur, en vue de la gestion du Compte d’affectation spéciale créé par le présent décret. 

 

Chapitre II : des ressources et des emplois du Compte 

 

Art. 3 : Les ressources du Compte d’affectation spéciale visé à l’article 1er ci-dessus, arrêtées annuellement par la loi des finances, proviennent des contributions diverses d l’Etat, des fonds issus de la coopération, de toute autre ressource autorisées par la loi des finances au profit des universités d’Etat, des dons et legs. 

Art. 4 : Les ressources du compte d’affectation spéciale prévues à la l’art. 3 ci-dessus sont destinées au financement de la modernisation de la recherche universitaire, de l’encadrement et du renforcement des capacités des enseignants chercheurs, des prestations spécifiques des enseignants chercheurs. 

 

Chapitre III : du fonctionnement et de la gestation du Compte 

 

Art.5 : (1) le soutien à la modernisation de la recherche universitaire est versé sous la forme d’une allocation financière trimestrielle aux enseignants chercheurs des universités d’Etat. 

            (2) Il est accordé par décision du ministre de l’Enseignement supérieur dans la limite des fonds disponibles. 

Art.8 : (1) Le recouvrement des recettes et le paiement des dépenses du Compte sont assurés par un agent comptable qui, à ce titre : a seul qualité pour opérer tout maniement des fonds et/ou de valeurs et est responsable de leur conservation ; a seul qualité pour signer les chèques ; est responsable de la sincérité des écritures. 

           (2) L’agent comptable est personnellement responsable de ses opérations financières et comptables. 

            (3) Il est tenu d’établir un compte de gestions par exercice qui retrace toutes les opérations de recettes et de dépenses effectuées.

 Art.9 : (1) L’agent comptable est nommé par arrêté du ministre chargé des finances, parmi les comptables du trésor. 

             (2) Il est comptable public et à ce titre, il est astreint à la constitution d’un cautionnement conformément aux textes n vigueur ; soumis notamment aux règles de discipline, de la tenue de comptes et de comptabilité applicables aux comptables publics.  


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